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L’utilisation du portrait physique par les auteurs souligne à quel point les héros sont sidérés par la beauté des femmes mais aussi permettent d’intensifier le moment du coup de foudre, les descriptions physiques étant pour la plupart assez détaillées. Si nous prenons l’exemple des Confessions de Jean-Jacques Rousseau, nous voyons que celui-ci est fasciné par la beauté de Madame de Warens. Etant donné que son ouvrage est une autobiographie, nous nous attendons à ce qu’il raconte sa propre histoire en utilisant les temps du passé.  Cependant, l’utilisation du présent de narration, en décrivant la rencontre, donne l’impression que la scène se déroule au moment présent et démontre donc jusqu’à quel point il a été marqué par la rencontre. Le souvenir est donc très présent dans sa mémoire et cela prouve sa fascination pour elle, alors que cet événement s’est déroulé il y a plus de cinquante-quatre ans. Par ailleurs, dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, Julien, le jeune paysan, apparaît absorbé par la manière dont Madame de Renal est vêtue et par son teint éclatant (« Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant »). En outre, Julien est tellement impressionné par la grâce de Madame de Renal qu’« il oubli[e] une partie de sa timidité ». L’effet du coup de foudre dans L’Education Sentimentale de Gustave Flaubert se révèle très puissant en ce qui concerne Fréderic, qui est ébloui par les appas de la femme assise sur le banc. Par la suite tout s’efface autour de lui (« Ce fut comme une apparition »), ce qui nous apprend que la rencontre est donc pour lui placée sous la ligne du « surnaturel ». Fréderic semble captivé, même hypnotisé, par la vision de cette femme (« il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune »). L’utilisation des termes de Flaubert traduit la beauté extrême de cette femme mystérieuse. L’amplification (« ….la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait » ) suggère que Fréderic va idéaliser cette femme qui parait exceptionnelle. Le portrait et la beauté de l’autre personnage joue donc un rôle clé dans l’éblouissement des trois héros qui sont tous fascinés par la femme qu’ils rencontrent et sidérés par leur beauté.

L’effet de surprise est un autre élément important dans les textes qui contribue au moment d’éblouissement dans les rencontres amoureuses. Cet aspect littéraire provient essentiellement du décalage entre l’attente et le déroulement de la scène. Il est important de bien comprendre que la surprise est en soi une forme d’éblouissement. Dans Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, nous voyons comment Rousseau s’imagine Madame de Warens avant de la voir (« Que devins-je à cette vue! Je m’étais figuré une veille dévote bien rechignée »), c'est-à-dire, une femme mal gracieuse, dévote et très pieuse. Ensuite, nous remarquons qu’il est frappé, comme nous l’avons vu dans la première partie, par la beauté de Madame de Warens quand elle se retourne à sa voix (« Je vois un visage pétri de grâces, de beaux yeux bleus pleins de douceurs, un teint éblouissant, le contour d’une gorge enchanteresse »). L’essentiel ici est le décalage entre ce à quoi s’attend Rousseau, c’est-à-dire une femme laide et veille, et ce qu’elle est vraiment physiquement. Par conséquent cette surprise crée un moment d’arrêt sur image qui symbolise le moment d’éblouissement qui caractérise le coup de foudre. L’effet de surprise dans cet instant est subséquemment très efficace pour traduire les sentiments des deux personnages et il est clair que tout ce qui se passe autour d’eux n’a plus d’importance.